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Entre dessin, performance, sculpture et installation, un même fond impulse et relie chaque pièce comme des îles (ces îles désertes qui, dans les mots de Deleuze, surgissent, se séparent, disparaissent et reviennent), chaque médium se cherchant transversalement dans l’autre où il n’est pas. Aussi, les dessins tendent-ils vers une dimension sculpturale, et les céramiques se strient-elles d’un geste rythmique que Leroi-Gourhan excavait à l’origine du graphisme (Le Geste et la parole). Percussion, incise, grattage sans charge d’encre, mais chargés d’ombres versatiles, font saillir en lumière des présences indéfinies, entre pierres de lave spongieuses, volcans déracinés, mollusques craquelés, coraux entre roc et fluide. Cette matérialité métamorphique, limaçante et rocailleuse, pointue parce que creusée, vient encore dire quelque chose de la densité poreuse et épaisse du langage tel un « trou […] sur le bout de la langue » (Liliane Giraudon).
 

 

 


Coquilles (le trait qui ne saisit rien), 2019.
Série, céramique (porcelaine noire et blanche), dimensions variées.
De la porcelaine blanche rendue liquide, est appliquée au pinceau calligraphique sur la porcelaine noire rapidement modelée,
puis lentement grattée avec une pointe métallique.
A mesure que le dessin se forme trait par trait, en référence aux écritures des tablettes d'argile,
la matière souple réagit, regimbe, se fracture, s'ouvre, s'écroule, retenue, saisie et insaisissable.
© Anaïs Lelièvre