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Cargneule (Sospel) 2, 2018.
Installation en volume de photocopies numériques du dessin Cargneule (Sospel).
Médiathèque, Sospel.

Résidence Création en cours, Les Ateliers Médicis.
A partir d'une pierre cargneule découverte à Sospel lors de cette résidence
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© Anaïs Lelièvre 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

INSTALLATION EN COURS (photo Inès Cherigui)

 

 

DESSIN MATRICE : Cargneule (Sospel), 2018, dessin et mots mêlés, crayon et encre sur papier, 21 x 29,7 cm.

 

 

 

TEXTE DE FIN DE RESIDENCE

« La résidence Création en cours (Ateliers Médicis) d'Anaïs Lelièvre à Sospel s’est amorcée par une phase de recherche à partir des ressources locales du village. Entre les strates géologiques, les cailloux émergeant de la Bevera, les dessins formés par les pierres sur les murs et sols pavés, les inscriptions pariétales de la Vallée des Merveilles – le dessin comme pré-écriture –, l’histoire de la route du sel (qui est un cristal)… l’attention s’est focalisée vers le minéral, croisé avec le dynamisme des flots de la rivière et des tourbillons baroques (la cathédrale, les Baroquiales…). A leur point de jonction, la découverte d’une pierre locale « cargneule » – d’origine calcaire, donc fossile (par transformation du vivant en roche) – dont les crevasses courbes ont été créées par brisure et fragmentation sous pression de l’eau. La première cargneule remarquée par Anaïs évoquait la fragilité d’un papier brûlé, gris cendre, à la lisière de l’émiettement, tout en constituant le bloc d’un mur du village. Puis, la cargneule choisie comme matrice du travail portait dans ses brèches l’intensité de la gueule ouverte, prémices du langage à construire. En déroulant la ligne d’un crayon et d’un stylo, en suivre les flux et fractures, et y inscrire des mots cherchant à transcrire l’imaginaire qu’elle ravive. Ce dessin-écrit est multiplié par photocopies pour construire, par assemblage, des maisons, puis un village telle une écriture, que l’on pourrait traverser, arpenter, habiter. Le vocabulaire décrivant cette pierre (« caverne ouverte », « cavité », « pinacle », « piton ruiniforme », « colonne émergente », « ciment »…) fait d’ailleurs écho à l’habitat, et la forme de sa structure complexe à l’architecture baroque… Et c’est une maison, pleine de plis, que Gilles Deleuze dessinait pour expliciter la philosophie baroque et ses monades, mondes clos (Le Pli : Leibniz et le baroque). Cette recherche en mouvement est aussi une recherche sur le mouvement : comment donner vie à l’inerte, auquel sont couramment associées la pierre et l’architecture ? ou, plutôt, comment rendre leurs propres dynamismes, quasi-imperceptibles ? Le projet s’oriente vers des micro-performances, animant ces maisons nomades, dont les tracés et remous vibratiles évoquent autant les fractures tectoniques des Alpes-Maritimes, menace d’effondrement sismique (la cargneule se trouve d’ailleurs souvent le long de dislocations tectoniques), que le processus d’émergence de l’architecture à partir de la matière pierre, et la vie qui la traverse, depuis les organismes en fossilisation jusqu’à leur habitation actuelle et d’autres métamorphoses à venir. »
 

 

LIENS VERS LES INSTALLATIONS : Cargneule (Sospel) 1, Cargneule (Sospel) 3