Pour le dispositif participatif Les Temps d'Art au domaine de Rentilly, c'est une vue microscopique de tige de populus coupée qui vient croître et pulluler à l'échelle d'une pièce où des volumes germinent telles les bâtisses d'une ville en construction. Cet environnement évolutif interroge les porosités entre architecture et végétation. Il puise notamment dans l'enracinement historique et structurel du château de Rentilly au sein d'une terre fertile, dont il contribua à développer les arbres remarquables et à dessiner et redessiner la structure d'un jardin, jusqu'à en devenir plus récemment le reflet, le support de son image changeante. Planter des graines et planter des fondations pour s’implanter sur un territoire, élever ou ériger un bâtiment et faire pousser des plantes… En s'appuyant sur les multiples évolutions de l'architecture du château, appréhender le bâtir comme un processus transitoire, jusqu'à convoquer les métaphores biologiques de la germination, de la croissance et de la mutation. Plus largement, ce terrain à investir met en jeu les affinités de l'habiter avec l'oikos (grec), "maison", "demeure", dont dérive l'"écologie" (oikos et logos, "discours"), science des interactions entre les êtres vivants (humains comme végétaux) avec le milieu où ils vivent. A la fois diplomate politique et botaniste, Gustave-Adolphe Thuret (fils d'Isaac Thuret), qui habita ici, amorça d'ailleurs ses activités scientifiques en herborisant au château de Rentilly et autour, et devint un spécialiste de la reproduction des algues, qu'il observait au microscope. Populus est un genre végétal auquel appartiennent les arbres peupliers, qui pouvaient délimiter et marquer de leurs ombres les places publiques, lieux de rencontre dans la cité. Le latin populus signifie également le peuple, la population et désigne la foule, la multitude, les spectateurs, le champ public, le dehors, le monde, la contrée... en même temps que le verbe populor qui en dérive amène sa dévastation, la destruction, la ruine. Comme dans un laboratoire à habiter, le public est invité à expérimenter des découpes, agencements, répétitions et variations, pour découvrir les déploiements possibles de cette image cellulaire et créer sa propre petite cellule-maison au sein d'un grand tout organique. Chaque élément généré individuellement venant se greffer aux autres, ou être le développement d'une ramification ou prolifération collective, le mode de co-création/co-habitation activé pourrait lui-même être qualifié de "cellulaire". La reproduction mécanique et numérique, ainsi incarnée par ce travail à la fois répétitif et modulé de la main et du corps, vient rencontrer la reproduction biologique. Ce croisement ravive des associations poétiques entre la texture pixellisée composant l'image et l'échelle microscopique des cellules d'un organisme, entre la pulsation énergétique des bits numériques et celle de la circulation sanguine qui anime la chair, comme entre le réseau informatique et le tissu vivant, ici augmentés de résonnances avec le réseau ou tissu urbain et sociétal. Telle une virtualité à découvrir, l'univers qui germine de ce dispositif cellulaire et ramifié, n'est pas dessiné à l'avance par l'artiste et émerge dans l'errance de l'exploration par les participants. Le processus est autant ouvert à l'inconnu des rencontres, accidents et surgissements que déterminé par les ressources de l'image-matrice, comme replié dans cette cellule mise en croissance.
 

 

 

 

Populus, 2019.
Création partagée avec le public.
Installation évolutive d'impressions numériques sur papier (avec agrandissements, rétrécissements)
d'une vue microscopique de tige coupée de populus, volumes en carton.
Les Temps d'Art, salle de Trophées, Domaine de Rentilly, Bussy-Saint-Martin.
© Anaïs Lelièvre