CLOC  
 
PHOTOS VIDÉOS
 
ANAÏS LELIÈVRE
 









La grande et 7 petites CLOCS À LA CHAPELLE SAINT-JULIEN

Chapelle Saint-Julien, Petit-Quevilly, 26 septembre 2014.
Inauguration de l'exposition d'Anaïs Lelièvre,
organisée par "Les inspirations de la Chapelle Saint-Julien".
Création Anaïs Lelièvre.
Sur un son créé par Hektor Kafka.
La grande MÂ et les 7 CLOCS sont incarnées par Emmanuelle Baudard, Mathilde Carpentier,
Stéphanie Dallmayr, Mélanie Decolombel, Fanny Deshoulles, Laureen Dos Santos, Émilie Gateclou,
Maëlle Gentil, Charline Hacquebart, Caroline Jean, Nelly Léveillé, Christine Monti, Emeline Piquet,
Audrey Prougent, Nolwenn Rose, Julie Ruillon, Anabela Saint Pierre, Mathilde Tebaldi, Valérie Tournier.
Danseuses encadrées par Anaïs Beaudoin de l'école EMMDT du Petit-Quevilly.
Vidéo Marie Heyse.

Pour lire le projet, cliquer ici...










































































































   













































contact

PROJET


La grande est une gigantesque CLOC collective d'où naissent plusieurs petites CLOCS individuelles.


  


La chapelle comme une bulle, un ilot, un puisement sans fond. MÂ semble en émerger telle une réminiscence souterraine, l’éjection d’une mer de plis qui sous-tendait ses ondulations, la chute magmatique du manteau protecteur que redessinait son arc englobant. MÂ est maison et matrice, expansion et immersion, tentaculaire et plissée, inerte et animée, bestiale et vestimentaire, présence et absence de chair, limace rampante et jaillissement de lave, horizontalité de la terre et afflux d’iceberg, germination en attente. MÂ est le magma de l’indicible, la contradiction de l’origine, l’indétermination d’une vie latente, la larve de l’existence, le crachat du fond des temps, les branchies du premier battement, l’éclosion écervelée qui s’extirpe à nos pieds.

Ces sculptures-performances sont constituées de vêtements usagés cousus avec du fil élastique et animées par des corps situés à l'intérieur.
Le soir du vernissage, MÂ est incarnée par des danseuses encadrées par Anaïs Beaudoin, de l’école EMMDT.
Le son est spécialement créé par Hektor Kafka.


   


La Chapelle comme matrice
(Extraits de notes prises lors des visites de la Chapelle Saint-Julien.)

Ce qui m’a d’abord marquée sur le chemin menant à la Chapelle, est, vue de l’extérieur, sa présence tel un îlot, à la fois détaché et relié au reste de la ville par une allée plane, espace de vide, qui l’entoure et qui en permet l’émergence. Un îlot, une bosse isolée, presque une bulle, une « chose » qui jaillit et s’impose, un blob, une ébullition, la résurgence du « sous-terre ». Une dynamique des lignes, un mouvement vers le haut, des pics comme prêts à l’éclatement. Une ascension qui semble non reposer sur le sol, par une tension pesante, mais en émerger, de dessous, des dessous. Une continuité des racines.

A l’intérieur, j’occulte le sol, j’y projette une mer de plis et toute l’architecture devient plissement. Les rainures des arcades de la voûte. La complexité (de « plis ») du bâti. Ces arcs ondulés encastrés dans les murs. Et les blocs de pierres irrégulières comme des vêtements rapiécés. Un patchwork aussi de plusieurs temporalités. Restauration, usure, occultation, variation des matériaux et des traitements.

Faire que l’on s’y perde, dans ses plis, en même temps que le corps entre en contact avec les plis du sol. Que l’architecture retrouve la proximité d’une enveloppe de corps ou qu’elle nous y incorpore. Comme l’intérieur d’une peau. Peau râclée, usée, tannée, arrachée de sa chair. La réimpulser. Une peau dévidée de tout reste de chair, d’où l’effet d’un corps passé, d’une absence, d’un manque. La courbure de l’arc qui tend au cercle englobant. De l’arc au ventre utérin. Le sol rouge, un flot rouge. Aussi la lave, le feu du centre de la terre. Chair et architecture (squelette-enveloppe). Peau-tissu-pli. Revoir le passage de la tente ou du tipi en peau tannée aux bâtis solides.

Série, enchâssements, encastrements, courbes et pics ondulatoires, pierres saillantes ou aplaties. Quelque chose qui pousse et qui est tu. L’effet de fenêtres murées. Murailles. La clôture maternelle. A peine la sensation de quelques lumières venant du monde externe. On est dans l’utérin. En attente. La cellule en tension dans son devenir, en suspens, arrêt du temps. Cet instant de l’attente, de l’indétermination.

Travailler le rapport au bâti en n’intervenant que sur le sol. Transformer la perception du haut par le bas qui reflue, qui continue de refluer, de monter vers le haut. Formes courbes. Jouer des arcs et des arcades. Creuser les plis de l’architecture comme un grand voile lourd qui se contorsionne en s’élevant, en retombant. Manteau utérin de la Vierge qui abrite comme une église. Madone protectrice.

Des masses pliées, en déploiement, toujours en devenir. Un coeur qui se gonfle, une cellule qui croît. Réactiver, revitaliser. La question de l’origine. Chercher cet instant, cette latence, où la vie commence à advenir. Donner lieu au chaos matriciel. Une étendue. On marche dessus, on est dedans. Masquer les vitraux. Clôture, refermer, milieu clos. L’intérieur d’un corps. Ebullition magmatique au sol. A faire jaillir. Qui rejaillit dans cette bulle de la Chapelle découverte de l’extérieur.

Le sol n’est pas si laid, il a cette usure du temps aussi. Mais il est trop coloré au regard des pierres au blanc cassé, beiges, crèmes, crayeuses. Faire venir du rouge au sol. Ces carrelages orangés, saumons, beiges plus teintés, en seront la transition. Entre les pierres neutres et le tissu plissé rouge. Faire plisser le sol. Utiliser les mêmes nuances. Un peu plus saturées. Plus rouges. Le carrelage comme un patchwork très régulier. Ici, tout est parcellé, pierres des murs, et colonnes, arcs, vitraux, fresques… L’animer par les pièces de tissus, également assemblées, mais plissées et cousues. Tout-parties. De l’organisation à l’organique. Ce corps seulement suggéré dans les fresques. Figuration plane et schématique des tissus des personnages. On sent en dessous une rigueur géométrique, un idéal des formes, un ordre spirituel, le cosmos biblique. Les plis de la masse de tissus seront, eux, chaotiques, d’avant la vie, la vie en train de se faire. Un gros volume en rapport avec l’arc, qui accentue sa courbe et en fait mieux sentir la tension. Que l’on puisse tourner autour plutôt que marcher dessus. Comme ce sublime ni trop loin ni trop près. Sentir être en présence du chaos, une présence sensible mais incroyable, impensable. Une matérialisation vécue comme hallucinatoire. Un ver énorme, animal. Cette réalité qui rampe, énorme, insidieuse. Du cuir rouge, de la brillance dans cette architecture pierreuse, mate. Raviver ce rouge perdu de quelques fresques dont on sent juste les résidus. Le rouge interne du drapé de la Vierge. Bien regarder comment ses plis et courbes accueillent l’enfant en son sein. Comme une dynamique d’entrelacs par la complexité des lignes blanches. Suggestion d’un mouvement figé.


 



L’installation
(Première version du projet.)

Situé dans la seconde partie de la chapelle, mais à la lisière de la première, un volume rouge, magmatique, de grande étendue, répandu au sol, s’aperçoit, lointain, depuis l’entrée. Cette masse informe est une enveloppe façonnée de multiples vêtements plissés et cousus au fil élastique.

Son patchwork rouge nuancé, de l’orangé au bordeaux en passant par le rosé, semble se prolonger dans le sol de pavés, mosaïque de beiges, briques, chairs, saumons, ou bien en être une émergence, un gonflement, une excroissance, reflux d’un soubassement, souffle des entrailles rouge feu ou sang de la terre, éclat magmatique de la lave en son centre originel. Ce sol qui fait lien entre le rouge de la MÂ et le beige des murs en pierres de la chapelle. De telle sorte que par ces murs, MÂ se relie aussi avec les courbes complexes du plafond auquel elle faisait pendant : cet arc à la rondeur étrangement accentuée et démultipliée en nervures enchâssées, et cette voûte d’ogives, couverte de fresques, figurant notamment des corps, des vêtements, des vêtements plissés, ceux de la Vierge, la Vierge à l’Enfant. Encadrée dans son médaillon rond, elle semble dominer ce croisement d’arcs ; MÂ en sera comme la projection au sol, ravivant la grande question de l’origine sous la forme d’une présence autant matérielle et d’une grande proximité (par les vêtements ordinaires utilisés) que persistant énigmatique. Cette Vierge peut ailleurs prendre la forme d’un abri qui enveloppe de son manteau une peuplade d’individus saints (Vierge de Miséricorde), incarnation de la protection de l’église (spirituelle comme architecturale), à l’image d’une chapelle unique et autonome comme celle de Saint-Julien. Sous son voile bleu tendu bien plus structuré, architecturé, une enveloppe rouge, particulièrement plissée.

   
Jean Miralhet (1420-1450), Piero della Francesca (1460), Francisco de Zurbaran (1634), Vierge de la Miséricorde.

MÂ donne à voir l’architecture courbe et complexe, parfois zig-zaguante, de la chapelle Saint-Julien comme une enveloppe plissée, ovoïde, utérine, elle-même matricielle,
matrice de ce projet comme du rapport incarné à l’espace qu’il suscite. Une circulation quasi fusionnelle. MÂ est elle-même une extension de la Chapelle, qui semble tout
autant en être le déploiement. De ses vêtements contemporains, appel à une sensation tactile, MÂ, ainsi à l’échelle d’un environnement pénérable, répond à la Chapelle en reposant la question de l’origine, dans une très forte proximité avec le public qui déambule parmi ses excroissances, qu’elle interpelle, à la fois inquiète et émerveille.



La performance
(Première version du projet.)

MÂ contient en son sein plusieurs petits volumes, fabriqués de la même manière (couture à l’élastique de vêtements rouges usagers), mais à l’échelle d’un corps.

MÂ commence progressivement à s’animer de micro-mouvements infimes qui enflent, gonflent, prennent de l’ampleur, de plus en plus, elle s’agite, mue par une tension interne. Peu à peu, elle s’étire, se déploie, pleine de contradictions, dans diverses directions.

Elle s’étend jusqu’à ce que d’autres corps, embryonnaires, pointent de ce grand corps collectif, tentaculaire. Ces corps individuels, habités chacun par un performeur, s’en
extirpent et s’en émancipent. Ils entrent dans le premier espace, vers l’entrée ou la sortie. Ils évoluent, métamorphiques, tels des larves-chrysalides, parmi le public, mêlant chacun, de sa position debout, verticale, élevée, humaine et adulte, aux images émergeantes de l’origine, d’un stade latent, encore indéterminé.

De ces excroissances courbes, graines ovoïdes, se fait sentir une forme de vie sousjacente qui s’y appuie, y faire corps, s’y confond, puis s’y débat dans un lent corps-à-corps. Les corps, vêtus de rouges, très lentement en germent, en naissent, apparaissent à la vue. Puis ils sortent par l’entrée, laissant leurs cocons, peaux, pelages ou pelures, là où ils les ont quittés.

L’image finale : sur le sol, MÂ étendue qui reste dans la seconde partie de la chapelle, et plusieurs enveloppes plus petites disséminées dans la première partie, suggérant un mouvement dynamique vers la sortie.

Possibilité de son rythmant la performance : le bruit, à la fois amplifié et sourd, de frottements et plissements, qui apparaissent de nature indéterminée.

   





Suivez les CLOCS sur facebook...


© Anaïs Lelièvre 2012-2014