OIKOS-POROS, 2021
Série, céramique (strates de porcelaine blanche, émail blanc, transfert décalco du dessin Pierre de lave), dimensions variées
Après une deuxième résidence en Islande (Fresh winds, Gardur) ; pendant le premier confinement

 

Notes en résidence 1 / Fresh winds, Islande, Gardur: « Arrivée en Islande en milieu d'après-midi, c'est-à-dire à la tombée de la nuit, c'est-à-dire presque dans le noir... Je commence à dessiner à l'encre noire des pierres de lave noires ramassées en chemin. Les grands amas résiduels de neige, blanc froid, blanc qui tranche, se creusent en limace ou se fracturent sur le noir du paysage. La plage couverte de noir, le grondement refroidi des volcans. A travers la surface poreuse d’une pierre de lave, réactiver dans le regard l'inquiétude souterraine. »

 

Notes en résidence 2 / Fresh winds, Islande, Gardur : « Les formes imbriquées des maisons en tôle préfabriquée. Le devenir lave des bâtisses, et devenir colonnes de la lave. Dans la structure microscopique du basalte, l'évocation irrégulière de la composition du lieu. »

 

Fêlures (la gravure contre soi), amorcé début 2019, fut achevé pendant le confinement, tandis que Oikos-Poros fut lancé en série, après les expérimentations menées les mois précédents. Ces deux séries sont aussi des "après coup" de résidences. L'expérience provisoire de la résidence en des lieux étrangers reste active dans l’éloignement. Et dans le repli du confinement, au plus vif de la concentration, la maison ici est stratifiée ou traversée d’autres maisons : elle héberge l’ailleurs.
Fêlures (la gravure contre soi) poursuit le travail mené en Suisse en 2018, suivant un principe de stratification, entre construction et délitement, à partir d’une pierre de schiste, très friable, arrachée d’un mur. Cette suite a émergé après les effondrements d’Aubagne à Marseille, et pendant le parcours Chantiers, un axe de recherche se développant à travers plusieurs résidences et expositions.
Oikos-Poros est la continuation de la deuxième résidence vécue en Islande, cet hiver 2019-2020. L’habitation se fait cette fois poreuse, à l’image des pierres de lave, du magma en ébullition susceptible de se substituer aux maisons, et qui en détermine déjà certaines formes, étranges imbrications de tôles préfabriquées, tels ces habitats bâtis dans l’urgence et importés de très loin.
Oikos-Poros est aussi composé par strates, et la suite récente de la série Fêlures (la gravure contre soi) explore les passages entre les épaisseurs. Le processus se manifeste lui-même comme stratification et porosité, entre les espaces et les temps : succession et reflux, simultanéité, accumulation et retrait, effacement, délitement et traversée, décomposition et dynamique en devenir.

 

Entre dessin, performance, sculpture et installation, un même fond impulse et relie chaque pièce comme des îles (ces îles désertes qui, dans les mots de Deleuze, surgissent, se séparent, disparaissent et reviennent), chaque médium se cherchant transversalement dans l’autre où il n’est pas. Aussi, les dessins tendent-ils vers une dimension sculpturale, et les céramiques se strient-elles d’un geste rythmique que Leroi-Gourhan excavait à l’origine du graphisme (Le Geste et la parole). Percussion, incise, grattage sans charge d’encre, mais chargés d’ombres versatiles, font saillir en lumière des présences indéfinies, entre pierres de lave spongieuses, volcans déracinés, mollusques craquelés, coraux entre roc et fluide. Cette matérialité métamorphique, limaçante et rocailleuse, pointue parce que creusée, vient encore dire quelque chose de la densité poreuse et épaisse du langage tel un « trou […] sur le bout de la langue » (Liliane Giraudon).