SECOUSSES (terre-territoire), 2020-2021
Série, céramique (porcelaine noire et blanche), dimensions variées
Pendant et après une résidence au Lycée agricole Bourges-Le Subdray, DRAC Centre Val-de-Loire

 

En résidence en Lycée agricole, après des échanges croisant les processus de production en céramique et en agriculture, se saisir de son morceau de terre comme un morceau de territoire.

De la porcelaine noire, diluée dans l'eau, est appliquée au pinceau calligraphique sur la porcelaine blanche rapidement modelée. Tel un fragment de terrain exposé aux catastrophes sismiques et météorologiques, l'ensemble subit ce qu'une terre peut subir : inondation, secousses, sécheresse rapide. Puis dans une attention aux degré d'humidité, la couche supérieure est grattée avec une pointe métallique, dans un geste similaire à celui du dessin au rotring, et analogue à celui de la semence qui strie régulièrement les champs cultivés. A mesure que l’inscription s’étend trait par trait, la matière souple réagit, regimbe, se fracture, s'ouvre, s'écroule, retenue, saisie, insaisissable, et altère en surface le graphisme répétitif qui tente encore de la contenir et de la transcrire.

 

Entre dessin, performance, sculpture et installation, un même fond impulse et relie chaque pièce comme des îles (ces îles désertes qui, dans les mots de Deleuze, surgissent, se séparent, disparaissent et reviennent), chaque médium se cherchant transversalement dans l’autre où il n’est pas. Aussi, les dessins tendent-ils vers une dimension sculpturale, et les céramiques se strient-elles d’un geste rythmique que Leroi-Gourhan excavait à l’origine du graphisme (Le Geste et la parole). Percussion, incise, grattage sans charge d’encre, mais chargés d’ombres versatiles, font saillir en lumière des présences indéfinies, entre pierres de lave spongieuses, volcans déracinés, mollusques craquelés, coraux entre roc et fluide. Cette matérialité métamorphique, limaçante et rocailleuse, pointue parce que creusée, vient encore dire quelque chose de la densité poreuse et épaisse du langage tel un « trou […] sur le bout de la langue » (Liliane Giraudon).