A N A Ï S   L E L I È V R E         OE U V R E S     B I O G R A P H I E     C O N T A C T
 
 
 


Ces notes et recherches sont à lire comme des documents témoignant d’une tentative insistante : chercher le point de cohésion d’une pratique diversifiée, ne cesser de tourner autour en des cercles répétés, qui se recroisent comme dans un gribouillage, et dont on ne saurait dire chaque fois s’ils s’en rapprochent ou s’en éloignent.


Lien vers le livre CLOC...



SCULPTURES-PERFORMANCES - depuis 2012

Par une couture plissée à l’élastique, défaire la structure des vêtements formatés, jusqu’à faire refluer une vitalité organique complexe qui peut évoquer la puissance à la fois destructrice et matricielle du chaos originel.

ZIP et CLOC sont des sculptures-performances, entre-deux, définies comme mobiles, toujours en remaniement : multi-formes, multi-contextes. Elles sont formées de vêtements usagers qui, par une couture à l’élastique, sont défaits de leur structure formatée, pour créer une enveloppe plissée de toutes parts, à déployer diversement par l’interaction de corps. Des secondes peaux délaissées, revitalisées par des flux charnels, pour donner naissance à un autre existant, situé dans une zone trouble entre l’individu et le collectif aux liens fluctuants, l’humain et l’animal voire l’anté-humain, le mort et le vivant, le chaos destructeur et la matrice originelle, la sculpture inerte et la performance, la dynamique figée des plis et des corps à peine mouvants, étouffés, qui ouvrent néanmoins cette matière à une multiplicité indéfinie, toujours contenue, en réserve, à réinventer chaque fois, dans sa forme comme dans ses évocations, selon les corps et les situations.

Vêtements usagers, marqués par des personnes inconnues
Mis en relation par une couture avec de l’élastique, larges mailles, plissage
A déployer diversement par l’interaction de corps qui les réaniment de l’intérieur
Peau, enveloppe à vitaliser

Enveloppes très complexes, ne peuvent être activées que dans l’improvisation
Indéfiniment en expérimentation, en métamorphose, en redéfinition
Indéterminée, ouvertes à une multiplicité de formes en devenir, comme si toujours en réserve
Et une multiplicité d’évocations
Création d’un corps fusionnel, magmatique, interroge l’origine, dans le passage de l’inerte à la vie et de l’indistinction informe (d’éléments opposés - Ovide) à l’individualité
Matière multi-forme

 

ZIP - 2012-2013

Du cuir, de la peau morte, usagée, délaissée. Des vêtements structurés, plissés en un magma chaotique. Tel un trou noir. La couche séchée d’une lave destructrice. Les restes d’une marée noire. Mais voilà que des mouvements se font sentir, ce tas mortifère active ses plis. De la béance à la matrice. Et ces déploiements multiples, chaque fois changeants, virtuellement infinis, ouvrent à une richesse d’images et d’évocations, ressources d’une réanimation. Toucher à ce point encore indéterminé où se croisent la mort et la vie, la fin et le commencement.

Le principe est une ouverture de cette chose à une grande amplitude de mouvements mais aussi de fonctions. L’informe au sens de ce qui prend toutes les formes. Cuirs pliés-dépliables, coutures à l’élastique.


Couture

je prends un cuir je ne suis pas sûre je le retourne j’en cherche un autre je prends un cuir je ne suis pas sûre je le retourne j’en cherche un autre je prends un cuir je ne suis pas sûre je le retourne j’en cherche un autre je fais des tas j’entasse les cuirs les cuirs s’entassent je prends un cuir je ne suis pas sûre je le retourne j’en cherche un autre je prends un cuir je ne suis pas sûre je le retourne j’en cherche un autre je prends un cuir je ne suis pas sûre je le retourne j’en cherche un autre je fais des tas j’entasse les cuirs les cuirs s’entassent je prends un cuir je ne suis pas sûre je le retourne j’en cherche un autre je prends un cuir je ne suis pas sûre je le retourne j’en cherche un autre je prends un cuir je ne suis pas sûre je le retourne j’en cherche un autre je fais des tas j’entasse les cuirs les cuirs s’entassent j’en essaie deux je ne suis pas sûre j’en prends un autre j’en essaie deux je ne suis pas sûre j’en prends un autre j’en essaie deux je ne suis pas sûre j’en prends un autre j’en essaie deux j’arrête j’attends je regarde je mets en regard je prends une décision j’accole les cuirs je serre les cuirs j’écrase les cuirs j’aplatis les cuirs je plante les cuirs je plante la pointe des ciseaux je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre j’espace les trous je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre ou j’approche les trous je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre ou j’espace les trous je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre ou j‘approche les trous je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre ou j’espace les trous je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre ou j’approche les trous je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre je pointe un cuir je pointe en face je pointe l’autre j’en ai assez je prends un fil je coupe un fil je prends le bout j’écrase le fil mes doigts s’écrasent j’écrase mes doigts je prends l’aiguille je prends le bout j’écrase le fil mes doigts s’écrasent j’écrase mes doigts je pousse le fil je pousse dans le trou le fil affleure j’attrape le fil mes doigts attrapent je serre mes doigts je tire le fil je fais un nœud mes doigts le nouent je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche le trou je trouve le trou je pointe l’aiguille je passe l’aiguille je tire le fil je prends le cuir je soulève le cuir je passe mes doigts dessous je cherche


Collaboration avec la Compagnie O : pièce de théâtre INK

Donner une présence matérielle à l’absence, aux lacunes de la mémoire, à la béance originelle, conçue comme un fonds immense, le trou noir immémorial d’où peut naître toute chose.

Jean-Pierre Vernant : « Au tout début, ce qui exista en premier, ce fut Béance ; les grecs disent Chaos. Qu'est-ce que la Béance ? C'est un vide, un vide obscur où rien ne peut être distingué. Espace de chute, de vertige et de confusion, sans terme, sans fond. On est happé par cette Béance comme par l'ouverture d'une gueule immense où tout serait englouti dans une même nuit indistincte. À l'origine donc, il n'y a que cette Béance, abîme aveugle, nocturne, illimité... »

La première rencontre avec INK (projet de création 2013 par la Compagnie O) se fit dans la lecture-choc de ce texte, il ouvrait le projet de la pièce. Il marqua l’orientation de cette intervention. Par la plasticité, donner une présence à cette béance matricielle. Un fond insaisissable qui déborde toute forme existante. La création proposée explore l’indéterminé. Par sa matière, à la fois noble et usagée, tas anonyme de déchets vulgaires et traces d’individualités… Par sa nature incertaine, entre sculpture, performance, costume, scénographie, architecture habitée… Par ses mutations incessantes, s’adaptant à des contextes nouveaux et réagissant selon les mouvements des corps, excédant les vues de l’auteur… Par ses évocations contradictoires, croisant l’humain et l’animal, l’animé et l’inanimé, une matière morte et des flux vitalisant, le spectacle d’une fin du monde et la recréation de la naissance, la catastrophe de la Marée noire et le refuge utérin… Elle se situe dans cet état latent d’avant la mise en forme, qui n’est pas son absence, mais sa puissance, une ouverture à une multiplicité de formes, à la fois en conflit et confondues. Sa première manifestation prend l’aspect d’une boule : œuf, cellule ou graine, points en devenir. La béance est ici un fond immense, un trou noir immémorial, la ressource d’une force créatrice. Et cette ouverture touche à un niveau trans-individuel, intermédiaire entre la bulle isolée et l’unité du corps social. Entre les vêtements abimés comme autant de secondes peaux énigmatiques, le travail de couture crée des liens, à la fois lâches et solides, pérennes et mouvants, pliables et dépliables. Ils sont exacerbés voire réactivés dans les mouvements des fils impulsés par ceux des corps, présents ensembles, dans l’indistinction de cette matière noire. Car cette sculpture se présente sous une forme ouverte et toujours malléable, indissociable d’une mise en scène du corps. Les performeurs sont invités à toucher sa texture poreuse, à entrer dans ses plis, à s’y mouvoir pour lui donner chair, à engager des interactions collectives : ces expériences, fondées sur une part d’improvisation, la métamorphosent dans de multiples directions, et tendent vers une chorégraphie toujours liée à l’imprévisible. L’œuvre est conçue de manière à ce que les possibilités d’actions soient infinies ; elle sera nourrie des découvertes et inventions des acteurs qui en deviennent les co-créateurs. En cela, cette sculpture est plus largement un élément scénographique, dont le statut évoluera au fil de la pièce, allant du décor au personnage, d’une étendue couvrant le sol à une peau incarnée.



CLOC - depuis 2013

De ZIP à CLOC : du multi-forme au multi-contexte

Nomade, déplacement-adaptation
Affirmer le transitoire, le processuel, le passage, le mouvant, l’entre-deux
(Parcours à l’ESADHAR Rouen) Lieux entre-deux, un peu cachés (surprise), actions adaptées, enchaînement parcours parole comme un dialogue avec des contradictions, renversements de sens
Répétition, absurde, contradictoire mais hors temps comme insoluble
A la fois ouverture à un jeu, l’attrait du ludique, et une dimension repoussante, inquiétante
L’innommable
Bulle close (cf monade)

PLUS DE TEXTES SUR CLOC...



FICTIONS DE PROJET (dessins) - 2012-2013

D’esquisses de projet, comme des notes chorégraphiques, à l’ouverture d’une fantasmatique qui ouvre encore la production au-delà de ses limites physiques.
Questionner un projet en train de naître.
Passage de ZIP à CLOC.

 

NOTES APRES-COUP - 2013



































© Anaïs Lelièvre